I
« L’eau miroitait au loin »
L’eau miroitait au loin, les reflets des saules en perte de feuilles s’y noyaient.
Quant à Elle, égrenant ce qu’il lui restait de raison le long de sa course, Elle se perdait dans l’automne finissant.
Essoufflée, Elle s’immobilisa sur l’esplanade pour apprécier le paysage de lumière.
Un vieillard remontait le sillon qui longeait la cascade artificielle. Timide, il n’osait embrasser du regard la gracieuse silhouette en surplomb.
***
« Je… »
La parole s’installe difficilement entre les êtres lorsqu’elle n’a rien à y faire.
Le vieillard, ayant atteint l’esplanade, s’était livré à la contemplation des clairs alentours, à quelques pas de la jeune fille. Il frémit au son de sa voix tremblante ; son cœur, qui battait depuis tant d’années, se serra pour contenir l’intensité des instants.
Elle paraissait si frêle, si lumineuse. En Elle, la nuit devançait pourtant même les heures vespérales. Le silence profané résonnait en son crâne.
***
« J’aimerais vous faire partager l’histoire la plus merveilleuse et la plus triste que la vie m’ait conté »
Son vieil âge refusait l’extravagance. Cependant, il ne pouvait prendre congé de la jeune âme à ses côtés, d’autant plus qu’Elle lui semblait aux limites de l’existence.
Elle aurait voulu donner à la scène l’allure de l’enfance qui se confie. Elle craignait de renvoyer les apparences de la folie.
Elle s’élança.
II
« Le réverbère éclairait sous la pluie »
« Le réverbère éclairait sous la pluie la cour désolée. L’escalier de bois ployait sous le poids de nos doutes.
Nos gestes tendres, imprécis dans l’obscurité, se hasardaient doucement.
Les lueurs mouillées jaunissaient les murs sombres.
C’était la plénitude des moments infinis »
***
« Son souffle glissait sur mon épaule. Le temps dessillait le cadrant des horloges et sa main effleurait ma peau.
Le passé s’effeuillait en murmures effacés. Les gouttes d’eau dansaient au tempo des toujours.
C’était nous le désir ! Nous avions cessé de guetter les menaces de notre solitude.
J’abolissais le monde au sanctuaire de ses bras.
***
A-t-on des lors pensé aux lendemains des songes ?
Si j’ai pu quelques temps vagabonder au gré des souvenirs, les salves des mes rêves ne me suffisaient plus.
Tissant ses mots d’azur de mes aiguilles fiévreuses, j’ai revêtit un an ce pourpoint d’illusions.
III
« Les larmes ruisselant sur ses joues »
Les larmes ruisselant sur ses joues reflétaient les rayons – à cette heure rougis – du soleil. Sa parole élancée se brisa sur flancs d’une douleur trop vive.
Le vieillard sentait vaciller une réalité qui s’étendait pourtant de ses couleurs imprécises. Il ne savait comment réagir dans l’épaisseur de l’instant.
Il s’était attendri du récit de la demoiselle sibylline, mais il lui reprochait d’avoir perdu la tranquillité de sa promenade quotidienne.
Il n’avait jamais vraiment su s’il fallait préférer l’exceptionnel au repos des habitudes.
***
« Il ne faut pas pleurer mademoiselle, vous aurez d’autres bonheurs. C’est un chagrin d’amour, si j’ai bien compris. »
« De non-amour serait plus juste. J’en souffrirai toute ma vie. »
« Vous dîtes des bêtises. Regardez un peu comme il fait beau. Vous savez, moi, j’ai surtout du passé maintenant. Vous, sans doute beaucoup de temps à venir, mais enfin on ne peut pas savoir. En revanche, on est bien, là, maintenant, non ?»
« Oui… vous avez raison » dit-Elle d’un ton un peu humide et souriant.
***
Apaisée, Elle s’assit près de l’eau chatoyante, bercée par les jolis poèmes de celui qui aimait se promener d’une rive à l’autre.
Le vieillard ouvrit la porte de sa maison d’ocre, de lière et de je me souviens. Je pensais qu’il allait saisir le journal posé sur la table. Comme il ne bougeait pas, je me mis à le lire pour éviter l’ennui. Soudain, quelques caractères d’imprimerie furent noyés d’un pleur.
Elle s’appelait Louise comme une chanson d’hiver. Ses lèvres gercées de roses palissaient sous la neige.
Il ne fut pas l’homme de sa fragilité. Je le vois qui trempe le pain sec dans son vieux bol de porcelaine. Durs lendemains des songes.
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